Autrefois : le bagne (fin)

Le point de départ était dans l’ancien hôpital général de Bicêtre, lieu de transit, où les condamnés aux travaux forcés étaient enfermés.

Quand la justice avait prononcé son arrêt, que la condamnation était irrévocable, le condamné devenait définitivement retranché de la société. Il cessait de faire partie du monde dont il avait méconnu les Lois et appartenait aux galères ou au bagne pour un temps plus ou moins long.

235173551.jpg

On appelait autrefois cela la mort civile.

Les préparatifs obéissaient à une sorte de rituel répétitif. 

  •  La veillle du départ :

- au premier coup de sifflet, les forçats étaient introduits dans la cour.

Complètement nus après une première inspection suivie d’une visite médicale des plus humiliantes, les forçats subissaient le ferrement :

lesfers.jpg

dessins de Pierre Letuaire.

- au second coup de sifflet, chacun reçevait  sa «cravate» sorte de triangle en fer, qui s’ouvrait d’un côté par un boulon-charnière et se fermait de l’autre avec un clou rivé à froid.

Collier placé à coups de masse, la tête posée sur l’enclume

  • Le lendemain, à  la pointe du jour:

Les forçats entraient à nouveau dans la grande cour.

Selon l’usage, ils se disposaient par couples alignés en plusieurs files composées chacune d’une trentaine d’hommes.

Les colliers et leurs « cravates » étaient  reliés à une longue chaîne centrale.

examendelachainepierreletuaire.jpg

dessins de Pierre Letuaire.

Chaque file formait la chaine qui était confiée à un entrepreneur,(le pouvoir de l’époque), chargé de l’accompagner avec des hommes armés, durant toute la durée du voyage jusqu’à sa destination, où le forçat était enfin orienté vers son affectation.

La garde des forçats galériens ou bagnards fonctionnera longtemps sur le mode de la chiourme.

gardechiourme.jpg

MARQUAGE AU FER ou FLETRISSURE :

(abolie en 1791, rétablie en 1810, puis finalement supprimée en 1830),

Cette flétrissure permettait de reconnaître les récidivistes. Elle représentait une forme de supplice, et signifiait aussi, comme au temps des galères, que l’Etat s’appropriait pour un temps ou pou la vie le corps du condamné …

L ‘ UNIFORME :

 

L’uniforme du bagnard se composait d’une chemise de toile écrue, d’un pantalon de drap jaune et d’un bonnet de couleur différente selon la peine : rouge pour les condamnés à terme, vert pour les perpetuités avec un grand numéro de fer blanc.

Ce bonnet fut abandonné pendant la révolution en raison de sa similitude avec le bonnet phrygien.
Il sera repris plus tard.

LES CORVEES :

Le commissaire de la marine, maître absolu du bagne, répartissait les corvées.
Pour les travaux en extérieur on affectait un garde chiourme pour cinq « couples ».

Les travaux se divisaient en deux peines :


- La grande fatigue qui consistait aux travaux pénibles et souvent dangereux.
- La petite fatigue était souvent attribuée en fin de peine.

Elle consistait en rangement, nettoyages, petits travaux. Elle était rétribuée : 5 centimes par jour.
Le soir les bagnards avaient droit à un moment de repos qu’ils mettaient à profit pour fabriquer de petits objets qui se vendaient au bazar du bagne, ce qui permettait d’améliorer l’ordinaire.

SANCTIONS : -

Rébellion, meurtre sur un camarade ou tout autre, coups à un supérieur (depuis l’argousin jusqu’à l’amiral, depuis le mendiant jusqu’au pair de France) : la mort

 -Évasion ou la tentative, coups à un camarade, injures à un supérieur, vol au-dessus de cinq francs etc. : 3 ans de prolongation de peine ou trois ans de double chaîne.

-Jurer, chanter, refus d’obéir, refus de travail, ne pas se découvrir devant un supérieur : cachot ou la bastonnade.

La peine de mort :

Le coupable était guillotiné sur le quai du grand Rang devant tout le bagne, genoux en terre et bonnet à la main.
Le condamné s’avançait au bras de l’aumônier suivi de son cercueil porté par les pénitents.

La double chaîne :

Les rebelles, les évadés repris et les violents étaient voués à la double chaîne.

 Durant une ou plusieurs années, ils ne sortaient pas de la salle des « indociles », où ils demeuraient constamment entravés à leur taulas,

à leur « banc »

Le cachot :

C ‘était une cellule étroite, longue de deux mètres, contenant un banc de bois, un seau et une cruche, sans fenêtre,

 excepté un guichet dans la porte.

La bastonnade : 

 Ce châtiment corporel s’ordonnait sans aucun jugement, sur simple décision du commissaire du bagne.

Il était appliqué comme au temps des galères, avec une corde goudronnée. (ralingue)

Le supplicié était étendu à plat ventre sur un billot. Les forçats servaient de bourreau et d’aide : l’un lui tenait les jambes tendues,

l’autre les bras et le troisième lui frappait le dos. 

 photodebastonnade.jpg

dessins de Pierre Letuaire.

Les plaies étaient saupoudrées de sel après avoir été arrosées avec du vinaigre pour hâter la cicatrisation.

La bastonnade pouvait provoquer des lésions graves, voire entraîner la mort, lorsqu’elle était infligée à des condamnés de constitution faible ou peu endurants.

Au bagne de Toulon, le docteur Charles Pellarin rapporte l’histoire d’un jeune forçat :  « il reçut un jour (…) un si grand nombre de coups si vigoureusement appliqués que, apporté à l’hôpital, crachant du sang à pleine bouche, il y succomba dans la nuit.

 A l’autopsie, nous trouvâmes tous les muscles de la partie postérieure du tronc, depuis la nuque jusqu’aux fesses, réduits en bouillie noirâtre, et la partie correspondante des poumons infiltrée de sans à une grande profondeur et désorganisée. »

La manille :

manillesutilisssurunvoilierwilkipdia.jpg

Anneau d’acier trempé placé à la partie inférieure de la jambe pesant deux à trois livres, percé à chaque bout d’un trou dans lequel on met un fort boulon, qui est arrêté lui-même par une clef de fer rivée à froid.

La chaîne brisée :

Les condamnés laborieux et soumis avaient droit à la « chaîne » brisée.

 Ils n’étaient plus « accouplés » à un autre forçat et portaient leur « cordon » de dix huit maillons qu’ils accrochaient à leur ceinturon de cuir.

Au sommet des bagnards existaient les forçats « chaussette » qui pouvaient aller et venir avec seulement une manille au pied. entrave.jpg  

En 1854 une loi supprimant les bagnes sera publiée pour les remplacer par la déportation en Guyane et en Nouvelle Calédonie.

 

Sources :

http://storage.canalblog.com/54/29/534743/32750038.pdf

Sur le blog de Philippe Poisson :

  • Fers (Scènes quotidiennes de la vie des bagnes maritimes XIXe siècle)

http://philippepoisson-hotmail.com.over-blog.com/article-28610983.html

  • La bastonnade

(Scènes quotidiennes de la vie des bagnes maritimes au XIXe siècle)

Fiche pédagogique n °1 – Philippe Poisson

http://storage.canalblog.com/36/65/534743/32678545.pdf

  • « On meurt au bagne comme on mourrait aux galères »

(Scènes quotidiennes de la vie des bagnes maritimes au XIXe siècle)

Fiche pédagogique n ° 3 – document  de Philippe Poisson

http://storage.canalblog.com/52/26/534743/32719207.pdf

  • « Le voyage de la chaîne »

(Scènes quotidiennes de la vie des bagnes maritimes au XIXe siècle)

Fiche pédagogique n ° 4 / Première partie

Fiche pédagogique n ° 4 / Deuxième partie

Document de Philippe Poisson

http://storage.canalblog.com/19/02/534743/32741542.pdf

 

 

Publié dans : Autrefois : société, moeurs... |le 27 novembre, 2009 |1 Commentaire »

Vous pouvez répondre, ou faire un trackback depuis votre site.

1 Commentaire Commenter.

  1. le 30 décembre, 2009 à 14:20 Couple02 écrit:

    Très intéressant et très bien documenté!

    Répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>